J’ai beaucoup hésité avant de publier mon musée des horreurs -ou plutôt la lente réappropriation de mon corps.

Par peur de choquer d’abord, parce que ce n’est pas très joli à voir. Par pudeur aussi – ou plutôt par honte.

Et je prends finalement la décision de le faire :

  • j’aurai aimé savoir à quoi m’attendre, au lieu de fantasmer sur les drains par exemple.
  • j’aurai aimé avoir une idée un peu plus concrète de ce à quoi ça allait ressembler en sortant de salle d’opération, et pouvoir anticiper l’évolution.
  • je n’ai pas de raison d’avoir honte. Je subis ce cancer, je subis ces mutilations et le travail pour surmonter cela est gigantesque.
  • c’est une façon de répondre aussi à tous les bien-pensants qui estiment que les mastectomies prophylactiques (celles qu’on fait avant d’être malade) sont des opérations de confort. Je leur propose de bien m’identifier ce qui est confortable là dedans, histoire d’apprendre quelque chose.

Ce n’est pas joli, ça peut même choquer. Mais c’est la réalité, celle que je regarde en face depuis presque trois semaines.

Je voudrais m’adresser à mes boobies sisters. A celles qui sont terrifiées par ce qu’elles vivent, par ce qu’elles vont avoir à traverser, par ce qu’elle vont devenir et qui se demandent, elles aussi, si elles pourront un jour se trouver de nouveau belles toutes nues.

La route est longue, les filles, et elle est parsemée de rochers qu’on pourra parfois contourner, parfois escalader. Vous n’êtes pas seules. Nous sommes des tonnes comme moi, mais la plupart est cachée. Nous n’avons pas de raison de nous exhiber, mais nous n’avons pas de raison de nous cacher.

Ce n’est pas vraiment la mort que nous défions (les statistiques sont globalement avec nous), c’est nous mêmes. Notre regard, notre capacité à changer notre regard, à ne pas tenir compte de celui des autres – sauf, et ça va arriver souvent, lorsqu’il sera bienveillant et aimant.

C’est ce regard là, transcendant, celui qui regarde l’être et pas son enveloppe, que nous sommes chaque jour défiée de porter sur nous mêmes.

Haut les coeurs, les filles. Prenons nous par la main et sortons de cette aventure plus forte et plus humaines.

Mise en garde

Photos pouvant choquer, personnes sensibles s’abstenir

Phase 1 – L’hospitalisation

Après cinq heures d’opération + 2 heures de réveil à peu près. Je suis surprise du peu de cicatrices (on aperçoit un pansement sous un sein) et de la quantité de bleus. C’est comme un terrain vague après la pluie, mais la couleur est plus sympa.

Les expanseurs commencent à s’installer et à lisser la peau.

Quand je te parlais de Dresde. Les sutures des ganglions retirés font des plis et tout est de guingois. La chir de garde me promet des seins de star du porno. Dans 6 mois 🙂

Les drains dont on t’a tant parlé sont de tout petits tuyaux qui ne font même pas mal à retirer. On m’en a posé deux de chaque côté.

C’était surtout gênants à trimballer parce que chaque drain mesure environ 1 mètre. Il y a une espèce de structure en accordéon, puis un sac pour récolter le sang. C’est généralement la quantité de sang/sérum récolté qui détermine si tu peux ou non sortir de l’hôpital. En dessous d’un certain volume, tu peux partir.

Parfois, tu sors avec tes drains. Dans la mesure du possible, on te les enlève avant de partir.

Le gonflage

Premier gonflage à 75 ml. Au total, 275 ml sur 450.

Deuxième gonflage à 100 ml. J’arrive à 375 ml/450

4 commentaires

  1. Coucou ma chérie,
    It’s not freak, it’s just life. Et je trouve au contraire très honorable de l’évoquer aussi ouvertement. Comme tu le dis si bien : pas de raison de les exhiber, mais pas de raison de les cacher comme si tout cela n’existait pas. Il n’y a rien de tabou.
    Quand tu verras ce que seront devenus tes seins dans quelques mois, tu auras peut-être du mal à te souvenir qu’ils aient été comme ça à un moment donné. Patience est maître de sagesse. Tu le sais mieux que nombre d’entre nous.
    Je t’embrasse.

  2. 1. C’est très courageux.
    2. Oui C’est très utile et beaucoup plus réel qu’une recherche internet « image mastectomie ».
    3. Merci


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