Il y a deux mois, j’ai eu le sentiment que le monde – le mien – s’écroulait autour de moi.
J’avais un Cancer.
Une maladie avec des chances de survie, un traitement lourd, handicapant et épuisant. Les revers se sont enchaînés et je ne sais même pas encore quel traitement suivra ma chirurgie. On aurait dit qu’un mur s’était dressé devant moi, obscurcissant tout mon univers, me bouchant l’horizon, anéantissant toutes mes perspectives. Je ne peux pas faire de projet. Je ne peux pas participer à ce concours de cuisine parce que je ne sais pas où j’en serai dans un mois, dans deux mois. Je ne peux pas programmer une visite en France.

La plupart du temps, on a un mental d’acier, on est une guerrière, on a les chiffres pour nous et tellement de monde qui nous soutient. Et pourtant, certains jours, sans qu’on sache pour quoi, c’est la cata. On pense à toutes celles qui vivent avec un cancer qui ne se soignera pas, aux accidents d’anesthésie, à ce que deviendront enfants, maris, amis proches si on disparaît, à ce corps qui ne ressemble plus à rien, on pense à tout ce qu’on a perdu et qui ne reviendra jamais. On ne se sent pas la force de devenir soi-même 2.0. On se dit qu’on n’y arrivera pas, qu’on est juste en haut de la pente.

On peut pleurer, crier, tempêter. Si ça te défoule, tant mieux. Je trouve que ça ne sert à rien d’autre qu’à m’enfermer dans ma tristesse. J’ai laissé tomber cette option là.

On peut se questionner, implorer le destin, l’Univers ou Dieu, ça dépend en qui tu crois. Lui demander ce qu’on a fait pour mériter ça. J’ai laissé tomber cette option là. D’une part, il n’y a jamais personne pour répondre, et puis, je connais la réponse : rien. L’univers, le destin, Dieu, ne me doivent rien.

On peut se recroqueviller, écouter The funeral ou Si t’étais là en fixant un clou dans le mur. Même résultat que la première option. Pas utile et contreproductif.

Depuis un peu plus de deux mois, les portes dans la gueule s’enchaînent et je sens que, d’ici à ce que je sois guérie, je vais probablement devenir experte. Experte en quoi ? Experte dans l’art de les éviter. Experte dans l’art de rebondir. Experte dans l’art d’utiliser l’énergie de ces portes pour rebondir plus haut, plus loin.

Ce qui fonctionne chez moi ?

Accepter. Eviter, comme le dit Christophe André, les colères inutiles et les effondrements stériles. Accepter ce qu’on ne peut changer, ça signifie pour moi ne pas m’apesantir : j’ai un cancer ? Ok. Qu’est-ce que je fais pour guérir, pour m’aider à traverser tout ça. Il faut m’enlever les deux seins au lieu d’un petit morceau prévu initialement ? Ok. Quelle option est-ce que je choisis, entre ablation simple et reconstruction (et laquelle).

Bizarrement, et peut-être en lien avec le conte que j’ai posté il y a quelque temps , c’est aussi une attitude qui m’aide à gérer ce qui s’est abattu ces derniers temps : la mondialisation du coronavirus, l’arrêt de mon activité professionnelle et les incertitudes qui vont avec.

Mais accepter n’est pas assez. J’ai besoin d’avancer.

Pour ça, j’ai créé un modèle, des attitudes qui me permettent de créer de l’émotion positive, qui me donnent de la confiance, un sentiment de force, de flexibilité, un sentiment de pouvoir personnel et de la joie.

Je marche dans la nature. C’est mon truc. Je regarde les oiseaux, les fleurs, les animaux, les arbres. Je ne parle avec personne, je ne pense pas. Je respire, je marche et je rentre chez moi.

Je suis reconnaissante. Au lieu de penser à tout ce que j’ai perdu, je pense à ce que j’ai. Un corps qui fonctionne, des enfants en bonne santé, un mari , une maison, à manger dans le frigo, du soleil sur ma peau, la peau douce, n’importe quoi ou plutôt : j’ai tellement, tellement que je ne peux même pas en dresser la liste exhaustive. Pourquoi attendre d’avoir perdu ce à quoi on tient pour se rendre compte de sa valeur ?

Je lis. C’est la stratégie de l’évitement, qui marche souvent. Les idées noires ne sont souvent là que de passage et elles ne s’accrochent que parce qu’on focalise dessus. Alors je pense à autre chose, et elles finissent par partir.

Je parle. Le cancer m’aide tellement à réorienter mes priorités. J’arrête de me cacher, j’arrête de montrer seulement ce que les gens veulent voir. Il y a là, dehors, des amis fidèles, des piliers qui m’aiment. Qui m’ont montré le chemin en me le disant, et sur lesquels je peux m’appuyer. Pas pour pleurnicher ou me plaindre. Juste pour dire qu’aujourd’hui, c’est difficile. Que j’ai du mal à faire face à ceci ou à cela. Ils écoutent, et ensuite on parle d’autre chose. Et j’oublie que c’était difficile.

Je cherche des solutions. Ca me permet aussi de détourner mon attention du mur. Comment faire pour rebondir ? Comment sortir de cette crise par le haut ?

Il aura fallu que je me trouve face à ce mur là pour comprendre que la seule façon se le surmonter, c’était d’avancer. La recette varie pour chacun d’entre nous, même si l’acceptation est un passage obligé. Pour certains ce sera le sport, le dessin, le volontariat ou toiletter son chien. Peu importe.

L’émotion est créée par le mouvement. Bouge, avance vers ce qui te procure du bien-être et le sentiment que tu as les choses en main.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *