Quand mon grand psoas (autant en profiter pour réviser l’anatomie) se prend de spasmes comme s’il dansait sur du hardcore pendant 20 secondes, je ne suis pas une guerrière. Je fuis. Je fuis la douleur, je fuis le combat, je suis ok pour rendre les armes. Quand ça dure depuis trois heures et que je me plie en deux, accrochée au rebord de mon bureau, je ne suis pas une amazone ni la plus forte. Quand je me lève à 4 heures du matin parce que ça fait moins mal de bouger que de rester en PLS (j’apprends à parler l’ado, aussi, confinement oblige), je ne suis ni combattante ni courageuse.

La chimio, ça fait mal.

On sait bien tous que la chimio, ça craint. On s’imagine un peu romantiquement étendue sur son lit sous un voile blanc, avec des grandes cernes et une bassine artistiquement cachée dans l’image. En tous les cas, c’est ce que je m’imaginais. Des nausées pendant une semaine, on mange pas trop et hop, ça va mieux et on recommence. Dans l’intervalle on a perdu un ou deux petit kilo, parfait pour le bikini de cet été.

Je me croyais forte, résistante, je pensais que les épreuves passées m’avaient forgées, un peu comme une épée qu’on a trempé tant de fois que la lame pourrait trancher le coeur de Trump en deux.

Péché d’orgueil.

Toutes les chimios sont différentes, et tous les malades le sont aussi. Les effets secondaires sont nombreux, multi-formes et parfois un peu compliqués à interpréter. Une constante, c’est la douleur. A un point ou à un autre. Même quand tu penses avoir un bon seuil de tolérance.

Ça m’embête d’écrire tout ça, en fait. Je n’écris pas pour te faire peur, si tu lis pour savoir à quoi t’attendre, ni pour que tu me plaignes, si tu veux savoir comment ça va. Peut-être que je n’avais pas assez cherché ou peut-être que je me croyais trop forte, mais la douleur intense et profonde de la chimio, je ne m’y attendais pas. Ça a été pour moi comme une grosse porte en chêne bien épaisse dans la tronche. Encore une. J’écris juste pour que tu sois au courant de ce qui va, peut-être, t’arriver. Ou que tu saches ce que tes proches sont en train de traverser.

La chimio, ça fait mal.

Ça rend humble, aussi. Tout le monde me dit « oh, mais tu es si courageuse, si forte ». Et je fais la maline en en rajoutant. La plusforte. Perdu. Je ne suis pas Wonder Woman ni une guerrière ni rien du tout, là. Je suis comme tout le monde, les jambes coupées par le mal dans les os, la peau comme si on m’avait rouée de coups, la bouche enflammée, avec des plaques rouges qui me grattent à hurler, les yeux douloureux et le cerveau plongé dans une bouillasse gluante qui ralentit tout et dévie les connexions.

La chimio, ça fait mal. Je pleure comme une gamine de 4 ans qui s’est cassé la gueule à vélo et non, il n’y a rien qui soulage vraiment ces douleurs là, on peut écrêter les pics, mais il faut passer par là. J’espère que ça ne t’arrivera pas, mais statistiquement, tu as des risques de ne pas y échapper.

C’est le moment de ne pas s’isoler. Parler avec ceux qui l’ont traversé ou qui le traversent en même temps que toi est d’une grande aide. Ça permet de relativiser et de ne pas oublier qu’il y a un bout du tunnel. Que cette douleur là va s’arrêter, à un moment, peut-être remplacée par une autre, peut-être pas. Que la douleur, si grande soit-elle, n’est ni grave, ni mortelle, mais juste désespérément normale. Habituelle. Ca peut aussi t’aider à trouver des techniques (j’ai un coussin de noyaux de cerises chaud coincée entre ma taille et la ceinture de mon jean), détourner ton attention, ne pas te sentir comme sur une île. A t’organiser aussi, pour la prochaine fois. A t’appuyer sur les autres. Parce que, quoique tu croies, il y a du monde derrière toi, autour de toi. Parfois bien caché derrière les bien-pensants, parfois bien exposé. Cherche ta tribu, ceux qui te montrent le chemin et ceux qui font cercle autour de toi. Serre les dents. Les mers rudes font de meilleurs marins, parait-il. Suis le cap de celles qui les ont traversées et prends soin de toi. Rendez-vous de l’autre côté.

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