Tamoxifène, mon amour

J+2 de la troisième phase de mon traitement, probablement aussi redoutée que la chimio, mais peu connue, celle de l’hormonothérapie.
Je te te dis hormonothérapie pour dire comme tout le monde, ce qui est stupide. On pourrait croire que je vais guérir grâce au pouvoir des hormones.

En fait, c’est tout le contraire.

Chez moi, on l’appelle hormon blocker parce que c’est là que réside son pouvoir. 

L'hormonothérapie A quoi ça sert ?

Ca sert à empêcher les récidives. La mastectomie a normalement dégommé mon cancer, assez radicalement, je le reconnais : on a viré tout ce qui craignait, en coupant bien gras.

Comme on n’était pas certain, certain que de petites cellules cancéreuses n’en aient pas profité pour s’échapper par la circulation sanguine et ne se soient disséminées dans mon organisme pour se fixer quelque part où elles seraient encore indétectables, j’ai eu 4 séances de chimio.

Maintenant que je suis normalement guérie, on va s’assurer que certaines de mes hormones ne s’amusent pas à exciter des cellules déconnantes pour qu’elles se transforment en tumeurs. C’est l’action de l’hormonothérapie.

– Tout ça fonctionne parce que toutes mes tumeurs présentaient des récepteurs hormonaux sensibles aux oestrogènes et progestérone.

Imagine un vaisseaux spatial (une cellule qui se divise mal) avec des trappes à carburant qui ont exactement la forme et le diamètre du tuyau d’alimentation de ces deux hormones là. Si on ne fait rien, au lieu d’être éliminée par mon organisme, ma cellule qui se divise mal va recevoir une grosse gorgée de potion magique hormonale. Et elle va se croire autoriser à grossir, grossir et se transformer en Etoile noire intérieure.

Flippant, non ? 

Au lieu de me stériliser définitivement pour supprimer la production de ces hormones qui servent encore à deux trois trucs, la médecin moderne me donne la possibilité d’explorer une autre voie : en bloquant la production ou l’action des hormones responsables de l’excitation de mes éventuelles tumeurs, on limite les risques de récidive qui, s’il ne sont pas très élevés, ne peuvent pas être négligés : 10,4% dans les cinq ans, quelque soit le type de cancer avec un pic à 15% entre la première et la deuxième année.

Pendant 5 ans (mais les tendances actuelles de la recherche suggèrent d’allonger la durée), ma boîte de Tamoxifène et moi allons donc continuer à nous battre contre l’Etoile noire.

Par certains aspects, c’est un peu terrifiant, quand même : le cancer me retire mes seins, mes cheveux et aussi mes hormones, tout ce qui fait de moi, en apparence, une femme… Je commence à me demander si un petit diable à tête de moi ne serait pas en train de me transformer en version masculine de moi-même.

TAMOXIFENE (1)

Terrifiant.

C'est quoi le problème, alors ? Effets secondaires

Des effets secondaires.

Comme d’habitude avec les principes actifs, la liste est longue comme le bras.

Tout ça est très perturbant, évidemment, les journalistes ont tendance à partir dans les superlatifs inquiétants.

Le discours officiel médical est un peu plus rassurant (non, c’est pas vrai): 

L’hormonothérapie provoque des effets secondaires variables suivant la technique utilisée. Ce sont le plus souvent des symptômes de ménopause liés au blocage de la fonction hormonale, comme les bouffées de chaleur. On note souvent une petite augmentation des accidents thrombo-emboliques, des cancers de l’endomètre (avec le tamoxifène) ou encore un risque d’ostéoporose, de sécheresse vaginale, de diminution de la libido et de douleurs articulaires (avec  les inhibiteurs de l’aromatase).

C’est clair, que ça ne va pas être la fête du slip tous les jours, mais je touche du bois. Je n’ai toujours pas de barbe et encore mal nulle part.