Je déteste le rose

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Ça n’aurait pas dû m’arriver, parce que ce genre de catastrophe, normalement, c’est chez les autres que ça arrive. Pas chez moi.

Alors, les petites boules dans un sein, qui apparaissaient et disparaissaient, c’était forcément hormonal. Et pas grave.

Que mon généraliste m’envoie faire une mammographie et une échographie, c’était normal aussi, il se couvre et j’ai 47 ans, pas de quoi s’inquiéter, surtout que les boules ont disparu, ou migré. Je vais perdre un peu de temps à faire les examens – des examens pour rien, certainement.

Un truc bizarre à l’échographie ? J’ai une densité mammaire élevée, des seins très très peu graisseux et j’ai allaité trois enfants. Il y a des bosses, des kystes, depuis toujours là dedans. Ils veulent se couvrir avec une biopsie.

C’était une expérience plutôt marrante, le radiologue qui a prélevé un peu des cellules du truc bizarre qui se logeait dans mon sein gauche habite de l’autre côté de ma rue. Comme d’habitude en Australie, les gens étaient sympas et j’ai appris qu’on pouvait faire des biopsies sans opération, avec une mini-anesthésie et un pistolet à biopsie.

Résultat prévu en 48 heures, avec le week-end au milieu, le lundi, donc.

Je n’avais pas pris de rendez-vous pour le lundi. Et le médecin n’a pas rappelé, s’il y avait un problème, il aurait décroché son téléphone, ils le font tous. Pas grave, j’irai mardi pour qu’il me dise : Tout va bien, mate, bonne journée. J’y suis allée le mardi matin, le cœur léger.

J’ai 47 ans, je m’appelle Céline, je vis en Australie, je mange sainement – pas de plats préparés et une base plutôt cétogène -, je fais du sport, je marche beaucoup, je bois peu, je ne fume pas, je vis au bord de la mer dans un environnement peu pollué et j’ai un cancer du sein.

Le jour où le médecin – pas le mien, un de ses collègues – m’a fait rentrer dans son bureau en me disant “j’ai une mauvaise nouvelle”, j’ai pleuré. Pas tout de suite, pas devant lui. Je suis rentrée chez moi, je me suis assise sur mon lit, et j’ai pleuré.

Je ne savais pas grand chose, sauf que, quelque part à l’intérieur, je portais une maladie qui m’annonçait des chances de survie.

J’ai pleuré parce que je n’ai pas réussi à m’en empêcher. Sur moi, sur ce qui allait m’arriver, sur cette nouvelle vie qui allait commencer et ce putain de ruban rose qui allait désormais me coller à la peau pour toujours.

Je déteste le rose.

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