Les poils

C’est drôle, cette obsession des poils. Parce que c’est complètement inutile – beaucoup plus que des seins, par exemple, qui n’ont pas grande utilité physiologique une fois qu’on arrête de faire des bébés – mais ça cristallise la majorité des questions, des angoisses aussi.

Je ne sais pas si on peut comprendre avant d’être confronté à leur perte, leur absence. Comme si ça nous définissait fondamentalement, en fait.

Mais foin de philosophie : les poils.

Si tu y réfléchis, il y a deux catégories de poils :

  1. Ceux qu’on veut garder – ceux qu’on exhibe, c’est à dire ceux qui sont au-dessus du cou
  2. Ceux dont on a toujours rêvé de se débarrasser, c’est à dire ceux qui sont en-dessous du cou (bien qu’il y ait une catégorie particulière sur laquelle je reviendrai et qui ne fait pas consensus).

Malheureusement, la perte des poils débute au sommet du crâne et descend. C’est dommage, j’aurais préféré le contraire, mais ce n’est pas moi qui ai choisi.

I – Les Cheveux

Il y a les chanceuses qui gardent leurs cheveux, et les autres. J’ai perdu à peu près la moitié des miens. Tu vas me dire : c’était bien la peine de tout raser. Je te répondrai : oui, parce que :

  1. Ca m’a évité de manger des cheveux de 40 cm pendant mon sommeil pendant deux mois.
  2. La perte n’est pas répartie. Ca fait plutôt des plaques, un peu comme, la gale, tu vois.

L’inconvénient de ne pas avoir tout perdu, c’est que les poils rasés repoussent. Et que maintenant, tête nue, je ressemble à une autruche. Je croyais avoir touché le fond avec mon crâne rasé, erreur.

Le crâne rasé, les tatouages, un marcel noir, et des battle pants, ça faisait badass, genre Lara Croft, mais en plus méchant (remarque le vernis à ongles, on reste des filles)

Moi, ça commence à ressembler à ça

Tête D'autruche no Twitter:

Moins glamour, tu meurs.

Pour résoudre le problème, j’utilise deux techniques

  1. La perruque
  2. Les turbans

    Tu vois comme il ne me reste pas grand chose comme sourcils et comme cils – mais je n’ai pas tout perdu.

II – Les poils du visage

Bon, on descend. J’ai perdu la moitié de mes sourcils aussi, et là, je suis plutôt contente de mes ascendances hispanique à poil long descendant des montagnes pyrénéennes, parce que j’ai évité le tatouage temporaire ou le micro blading eyebrow tatoo pen. Tu ne sais pas ce que c’est ? Moi non plus, je l’ignorais. Inutile de te dire que mon niveau d’anglais a fait un bond en avant grâce au cancer.
Pour ta gouverne, une vidéo Youtube qui te dit tout sur cette incroyable technique révolutionnaire (dans deux ans, on se met toutes au mono sourcil).

Les cils, c’est plus problématique.

J’ai perdu presque tous les cils du haut de l’oeil gauche et la moitié/les trois quart à l’oeil droit et l’inverse pour les sourcils du bas. Ca fait un regard très bizarre, quand il n’y a plus trop de cils. Je me suis mise aux cils magnétiques. Ce n’est pas très confortable, mais ça fait un regard d’enfer.

Il reste des poils dont on ne parle jamais, ce sont les poils de nez.

Ben oui. Ceux là aussi, on les perds et là, c’est pas facile. Les poils de nez filtrent les poussières et les saletés qui traînent dans l’air. Tu les perds + la chimio qui assèche tout, tu passes ton temps à sniffer poussières, pollens et surtout poussière.

Autre inconvénient, ton nez coule. Et la plupart du temps, tu ne t’en rends pas compte. Non, je n’ai pas fait de vidéo, je te laisse imaginer.

Quand on te dit que le cancer, c’est pas glamour.

Allez, on continue de descendre et c’est bientôt terminé.

III – Les poils du reste du corps

Oui, on les perd. Mon expérience est un peu biaisée, parce que j’ai dépensé pas mal de temps et d’argent en laser, donc il ne m’en restait déjà pas des masses. Mais là, il n’en reste plus.

Sauf sur les bras – tu te souviens, les ascendance hispaniques à poil long. Mais j’en ai perdu un bon trois quarts quand même.

Rien, sous les bras, rien sur les jambes et le hoho… rien non plus.

Si tu es tendance nature, ça risque d’être un peu flippant – dis-toi que ça va repousser, mais dans l’intervalle, tu seras peut-être super contente d’expérimenter cette lissitude.

Bon, tu vois, il y a quand même de bons côtés à la chimio.