Les expandeurs

Quand on t’enlève les seins, on te propose (généralement) des options de reconstruction.

Certaines femmes choisissent de remplacer leur sein par rien ou bien préfèrent se donner le temps de décider ou bien n’ont pas le choix à cause des traitements proposés.

Il existe des tas de techniques de reconstruction, qu’elle soit immédiate (= au moment où on enlève le sein) ou différée.

Je n’ai pas eu trop de choix :

Je n’ai pas assez de peau ailleurs sur mon corps ni assez de graisse, dixit le chirurgien, pour les techniques de reconstruction qui consistent à prendre ici pour refaire là bas.

La mastectomie étant arrivée au tout début du processus de lutte contre mon cancer, je devais garder ouvertes les options de traitement, notamment par radiothérapie, donc une reconstruction complète et immédiate n’était pas souhaitable – et puis je n’avais pas assez de peau, de toute façon ; c’est une technique qui est utilisée pour les femmes qui en profitent pour réduire le volume de leur poitrine.

Comme je voulais une reconstruction, et une reconstruction qui débute le plus vite possible (c’est à dire, ne pas attendre la fin d’un traitement pour décider ce que je ferai 6 mois ou un an après), on est partis sur une reconstruction “immédiate” par expandeurs.

La reconstruction par expandeurs, qu’est-ce que c’est ?

C’est une technique qui consiste à insérer sous le muscle pectoral une espèce de poche qu’on va remplir progressivement pendant quelques mois. Cette poche sert à détendre la peau et à la mettre en forme avant pose de la prothèse définitive.

En réalité, les expandeurs sont plus moches que montrés sur la vidéo. Ca ressemble à des sacs aspirateurs : c’est rectangulaire, à soufflet, avec cette sorte de barre rigide et un trou au milieu. Sauf que le trou est constitué d’une matière très mystérieuse qui a le pouvoir de se refermer toute seule après qu’on ait piqué une aiguille dedans.

Comment on se sent ?

C’était une de mes grandes questions avant l’opération. Qu’est-ce que ça fait de ne plus avoir de seins et deux poches en plastique remplies d’eau à la place ?

Imagine un strap très très très serré qui irait d’un flanc à l’autre. Enlève la sensation de seins écrasés, évidemment, imagine plutôt qu’on pose le strap sur ta cage thoracique. Maintenant, resserre-le comme si tu enlevais deux crans à ta ceinture et ça te donne une idée.

Je n’ai pas du tout trouvé l’opération douloureuse (enfin, toutes proportions gardées, ça n’est pas aussi fun qu’une manucure ou un tour chez le coiffeur non plus). La sensation qui domine est plus celle de l’oppression. D’ailleurs, tout le personnel soignant m’a incitée à ne pas oublier de prendre de grandes respirations. Parfois, j’ai aussi eu l’impression que ma peau était tellement tendue qu’elle allait céder sous la pression. Mille fois pire que la première montée de lait.

Mes mouvements sont devenus très limités. Impossible de lever les bras plus haut que l’épaule, impossible de porter grand chose, je suis limitée à 1 kg par bras, à condition que ce ne soit pas à bout de bras.

Ma garde robe en a pris un coup : je peux plus porter que des hauts ou des robes qui s’ouvrent intégralement. Fini les T shirts par exemple, pour un bon moment. Le bon côté, c’est de retrouver quelques chemisiers de jeune fille, que je ne pouvais plus porter parce que la poitrine ne passait plus :).

Ca dure ?

Difficile à dire, comme tout cela est encore nouveau (j’ai été opérée il y a 15 jours). Depuis 2/3 jours, cette sensation s’était très nettement atténuée.

Et comme ça va beaucoup mieux, mes chirurgiens se sont dit qu’on allait commencer l’expansion. J’ai eu ma première session de gonflage d’airbag ce matin.

Le gonflage

Les expandeurs sont munis, je te l’ai dit plus haut, d’une valve. Ma chirurgienne préférée a localisé la valve avec un aimant, et elle y a plongé une aiguille avec au bout une seringue chargée de 75cl de solution saline.

Pas besoin d’anesthésie puisque la peau n’est plus innervée. Par contre, au début, la pression est assez intense, comme si quelqu’un se trouvait debout sur ta cage thoracique en fait.

Je me retrouve une semaine en arrière, avec des mouvements plus limités (le muscle grand pectoral est très tendu) et une sensation d’oppression contre laquelle je lutte à renfort de grandes respirations.

Visuellement, c’est assez bizarre, j’ai l’impression d’avoir sauté dans la peau de Gina Lollobridgida.

J’y vois un nouveau pas vers l’après, vers demain, ça, c’est bien.

Quelques articles sur la reconstruction mammaire par expandeurs :