La chimio

La chimio, c’est le gros morceaux, l’épreuve redoutée. C’est LE traitement emblématique du cancer.

Ca consiste à un injecter des substances chimiques qui vont avoir pour objectif, plus ou moins cibler de détruire les cellules cancéreuses, dans le meilleur des cas, ou au moins de réduire la ou les tumeurs.

Le cancer, c’est quoi ? (en bref)

Pour ça, il faut comprendre ce qu’est le cancer. Je ne vais pas te faire un cours, mais je vais remonter un peu quand même.

Toutes les cellules du corps se renouvellent, plus ou moins vite. Parfois, ça merde, c’est pas grave, on élimine la cellule qui s’est mal renouvelée et on la remplace par une autre. Et puis un jour, sans qu’on sache encore vraiment bien pourquoi, ça merde encore plus et au lieu d’être supprimée, la cellule qui s’est mal renouvelée (=avec un ADN endommagé) n’est pas supprimée et se met à se renouveler elle-même, imparfaite. Ces cellules dégénérées forment un tas qui grossit, plus ou moins vite, c’est la tumeur.

Le traitement

Une des solutions, c’est (comme dans mon cas) d’enlever la tumeur. En l’espèce il y en avait trois.

Comme une des tumeurs est particulièrement agressive avec un développement rapide et qu’un autre était située proche ou sur un vaisseau sanguin, il est possible que des cellules cancéreuses se soient propagées par l’intermédiaire de mon système sanguin. C’est du niveau cellulaire, on ne sait pas encore le détecter.

On m’a donc donné un choix. En rester où j’étais (à savoir les deux seins en moins). Y ajouter une hormonothérapie pendant 5 ans (je reviendrai dessus plus tard). Y ajouter une chimiothérapie pour attaquer les éventuelles cellules cancéreuses qui se promèneraient incognito dans mon corps à la sulfateuse.

Le choix

Le choix a été très simple à faire, de mon point de vue, parce que l’infirmière de la clinique du sein m’avait déjà expliqué ça.

Ce qui a été plus difficile, c’est la rencontre avec la cancérologue, au demeurant charmante, qui a justifié ses préconisations de traitement de manière plus précise, statistique et objective.

Après mon opération, mon espérance de vie à 10 ans (oui oui, tu as bien lu. On parle de m’on espérance de vie pour quand j’aurai même pas 60 ans, là) se trouve à 72%.
En règle générale, j’encaisse bien les chocs, mais je dois reconnaître que celui là, je le sens toujours passer. Et la cancéro précise que ces chiffres sont basés sur l’existence d’une seule tumeur, pas des trois. re gloups.

Avec l’hormonothérapie, mon espérance de vie à 10 ans s’améliore : 79%.

Avec une chimio, c’est encore mieux : 85%.

Voilà pourquoi, après qu’on m’ait enlevé les deux seins, on m’envoie faire une cure de chimio.

Parce que je veux vivre.

Quelle chimio ?

Si tu vas faire un tour sur Wikipedia, tu vas te rendre compte qu’il y a des tonnes de produits différents, correspondant à des stratégies différentes, à des types de cancer différents (pas seulement là où ils sont placés, mais aussi de quoi ils se nourrissent, ce qui les fait croitre, etc.).

Mes tumeurs sont toutes les trois sensibles aux hormones dites féminines (oestrogène et progestérones) mais pas au HER2, un récepteur du facteur de croissance de l’épiderme humain.

J’avais le choix (en Australie, on a toujours le choix) entre la super sulfateuse, un composé puissant qui aurait nécessité 4 à 6 mois de traitement avec comme effets secondaires rares mais réels des atteintes au muscle cardiaque et le développement d’une leucémie, et la sous-sulfateuse, un poil moins efficace, avec une durée de traitement de 3 mois.

Je n’ai pas voulu choisir, ce n’est pas mon métier d’évaluer les risques et les bénéfices. Ma cancérologue penchait pour la super sulfateuse, la directrice du service a préconisé la sous-sulfateuse. Ouf.

La première chimio

J’ai pétoché. Je peux te le dire maintenant, j’ai pétoché. Je me suis imaginée me tordant de nausées, percluse de vertiges dans mon fauteuil, tour à tour transpirant et grelottant…

Je suis arrivée à l’unité de chimio avec une tablette (pour regarder Netflix), une liseuse (bon, tu as deviné pour quoi), un téléphone (pour t’envoyer des photos sur Insta ou Facebook), un litre d’Evian, une écharpe, une paire de chaussettes d’avion, un poncho souvenir de France bien douillet, bref, le débarquement.

J’ai eu une infirmière (Charlotte) adorable et jeune qui m’a installée et m’a tout expliqué en parlant super vite (à ajouter sur la liste des points positifs de cette maladie : mon niveau d’anglais s’est amélioré de manière spectaculaire).

Charlotte – Chimio quelques jours avant le week-end de Pâques. Ils essaient de garder un esprit “léger” bien qu’ils soient dans un service “lourd”.
La chaise de chimio. 4 par salle. Les pieds se relèvent, le dossier s’allonge, j’ai failli m’endormir mais ma voisine rigolait trop fort 🙂

On m’a installé un cathéther (tu as peut-être entendu parler d’un port-a-cath, un dispositif installé sous la peau qui évite de piquer dans les veines à chaque chimio. Je n’en ai pas eu, en Australie c’est une opération sous anesthésie générale et ils préfèrent éviter pour seulement 4 séances) et injecté un anti nauséeux, puis des stéroides pour limiter les risques d’allergie et la douleur.

J’ai compris que leur plus grande crainte ce jour là était une éventuelle réaction allergique. J’ai donc été surveillée de plus près que mes voisins de salle de chimio qui n’en étaient manifestement plus déjà là.

Puis injection du premier produit, le Docetaxel, souvent appelé Taxotère. L’infirmière a enfilé une surblouse, des gants, un masque, un masque de protection des yeux, sa collègue m’a fait répéter mon nom et ma date de naissance pour être certaine que c’était moi et zoup. Avec un sac noir par dessus la poche de perfusion parce que ce produit est très sensible aux UV (et moi, maintenant, par la même occasion).

La perfusion a duré environ une heure, après quoi, on m’a injecté le deuxième produit, de la cyclophosphamide qu’on connait sous le nom d’Endoxan et tire son origine des gaz moutarde utilisés au cours de la première guerre mondiale.

Et tout s’est merveilleusement bien passé. Ca ne m’a pas semblé long, je n’ai pas eu mal, ni de nausées, ni rien du tout. Juste faim, comme je n’avais rien mangé depuis la veille et qu’on m’avait injecté des stéroides.

La prochaine fois, je viendrai plus légère.

“On” (le pharmacien de l’hôpital, 27 ans, blond, grand, musclé, qui parle avec le sourire mais super vite avec un accent australien à couper au couteau) m’a renvoyée chez moi avec deux jours d’anti-nauséeux + des trucs à prendre au cas-où, une piqûre à me faire moi-même-toute-seule-ou-tu-peux-demander-a-ton-mari pour booster ma production de globules (on m’a dit blanc, mais que le produit stimulait la moelle osseuse… j’ai loupé ce passage à mon avis).

J’ai bien conscience d’avoir de la chance de subir une chimio “light”. Malheureusement, c’est souvent beaucoup plus violent que ça :(.

Du coup, je n’appréhende pas les suivantes :). Plus que trois mois de traitement. Youpi !